Date :17 October, 2019

Manifestation Lycéenne à Jacques Monod

C'est que le vent souffle cet automne, il souffle sur toute la France, et il souffle fort... Il gronde, il aboie; il est surtout venu léché les barreaux de notre portail, celui de Jacques Monod, vendredi 30 novembre 2018. Vous en avez eu vent n'est-ce pas ?

Un amas de valises contre le portail, une lignée de pancartes suspendues à celui-ci même, des paroles et des chants jetés en l'air... Mais surtout, des lycéens, ensemble, regroupés, solidaires, qui manifestent !

Ce blocus, datant du 30 novembre, avait été organisé 2 jours auparavant. Un des organisateurs majeur de la grève -un membre du conseil de vie lycéenne- confie que des préparations avaient été prises en charge pour mettre de l'ordre dans cette manifestation. En effet, ce qui a été particulier au lycée Jacques Monod, c'est que ce blocus se voulait pacifiste, "orienté vers le dialogue".

Une manifestation qui ne manifeste pas pour certains.

Celà-dit, un point d'honneur avait été mis: pas de casse, pas de violence. On ne veut pas d'une manifestation qui préoccupe par son danger; et pour des revendications qui s'inscrivent dans cette vague citoyenne de lassitude et de colère, on aurait pourtant pu s'y attendre.

Ainsi la manifestation s'étant "bien" déroulée, ce choix de ne pas avoir eu recours à la violence a été remarqué et apprécié. L'absence de violence ne va pas de pair avec mollesse et mignonnerie. Les manifestants, et surtout les organisateurs du blocus ont insisté sur ce point : il y a, derrière ce mouvement lycéen, les mêmes revendications précises que les autres étudiants qui n'ont pas fait ce choix. Nombreux d'entre eux ne sont en aucun cas partisans de la manière de manifester, notamment dans notre ville voisine, Pau, oú il y a eu une agressivité troublante, mais aussi comme à Toulouse, par exemple, oú la violence dépasse de loin toute cohérence. Une manifestation pacifiste donc, qui a plu aux supérieurs du lycée qui ne sont absolument pas contre eux, et qui ont donc pris la décision de faire remonter les revendications des élèves à l'académie et au préfet.

De ces revendications justement; on retrouve parmi la foule mixte les mêmes signes d'essoufflement et de rejet face aux réformes liées à l'éducation et surtout à l'avenir de l'élève. La suppression des filières générales Economique et Sociale, Littéraire et Scientifique restreint, selon certains, les débouchés, fermant alors les portes aux élèves qui seraient contraints de se spécialiser avant même de déterminer leurs plans d'avenir. Pour d'autres, ces démarches sont simplement bien trop rapidement mises en place: ils ne parviennent pas à avoir d'information sur ce qui les attend et n'ont aucun moyen d'en savoir plus. "On est pas des cobayes". Les plus jeunes oscillent entre inquiétude et exaspération: "On est les premiers concernés par ces réformes mais personne daigne nous en parler, et nous n'avons pas accès à plus d'information". Voilà que le devenir de l'éducation est un sujet tabou.

Le contrôle continu au baccalauréat est une autre réforme qui déplaît; avec des classes si chargées en effectif, avec des milieux sociaux qui diffèrent et qui influencent le travail d'un élève, comment ne pas réagir face à ce qui pourrait devenir une profonde injustice ? "Suffit qu'on ait un mauvais entourage qui nous influence, nous les jeunes on ne sait pas toujours s'en sortir". Dans certains lycées, les bonnes notes font l'objet de harcèlements sévères. Comment construire un dossier solide face à ceux qui ont de meilleures chances ?

Pour parcoursup, la lutte contre l'étude des dossiers en université doit être celle qui mobilise le plus les lycéens. Elle suggère la création d'une élite; c'est une sélection désavouée. "On peut se reprendre à la fac" nous confie une lycéenne. Le système scolaire ne convient malheureusement pas au profil de tous les élèves. L'université propose cette indépendance qui peut être un tournant dans la vie de l'élève qui n'est pas parvenu à s'adapter auparavant.

L'université c'est une nouvelle ère, un nouveau départ. Priver les étudiants de cette alternative, pour ceux qui veulent une seconde chance relève de l'élitisme que l'on veut créer en France. Le fossé entre les classes sociales se creuse...

De plus, le prix des universités qui augmentent pour les étrangers provoque des contestations en masse. Les universités françaises ont la magnifique caractéristique d'être accessible pour tout type d'étudiants, tout type de classe sociale, contrairement aux autres états. Depuis quand l'éducation se montre-t-elle si étriquée ?

Cette matinée du vendredi a donc été un autre des multiples soulèvements de cette période.

L'appel au blocus lycéen français s'est propagé, comme pour le mouvement des gilets jaunes, par les réseaux sociaux pour la plupart. Sur les médias pour d'autres, ou encore

 par le bouche-à-oreille. Les manifestants affirment vouloir "soutenir cette révolution" à leur manière. Le moment semble le bon: "ça a commencé par les gilets jaunes qui gueulent, après c'était au tour des professeurs, maintenant c'est à nous". Il y a une certaine logique; profiter de l'ouverture pour se faire entendre. "Nous en tant que jeunes, on ne sent pas écouté". Certains ne croient même plus au changement, mais il faut extérioriser cette colère, selon eux, pour soutenir ceux qui y croient encore. "Si même des jeunes comme nous font des manifestations alors qu'on s'intéresse pas forcément encore à la politique c'est qu'il y a un vrai problème".

Le combat n'est pas terminé. Ce premier blocus a réussi à provoquer 93% d'absences chez les élèves et un second a été organisé le jeudi 6 décembre, une semaine plus tard. Moins de manifestants pour ce second tour mais toujours la ferme volonté de rester pacifique et de se faire entendre.

Rédigé par Nayah M.
Interviews menées par Eloise A. ; Alexandre L. et Nayah M.
Crédit photo : Alexandre L.

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