Vestige – Chapitre 3

VERSION FRANÇAISE

“Je vois que vous ne changez pas vos habitudes,” Mira dit avec avec un sourire, placant le lièvre sur le galet posé au-dessus des flammes. Il ne dit rien lorsqu’elle s’approcha, et elle l’enlaça de ses bras autour de sa taille. Il fit de même, encerclant ses épaules pour la serrer contre lui. Elle lâcha un soupir, enfouissant son visage dans sa poitrine: la maigre chaleur qui en résultait l’atteignait à peine.
“Quelque chose ne va pas?” il questionna, en voyant ses petites oreilles en pointes s’abattre. Il fronça les sourcils lorsqu’elle ne répondit pas. La silence commençait, peu à peu, à s’alourdir. Elle resta muette, profitant de ces instants, savourant de leur proximité juste un peu plus; il aspira son odeur de feuilles d’automne et de terre. La brise ambiante semblait leur tourner autour, elle abritée par les bras de l’homme, et lui aussi impassif qu’à son habitude: il faisait partie de la race humaine, mais même cette faiblesse ne lui conférerait aucune fragilité, aucun défaut pourtant propre à cette race si simple. Sa prise était de marbre, avec une douceur de soie.
“Ils me l’ont pris…” Elle chuchota soudainement, a peine audible, comme une enfant peureuse. Elle commençait à trembler: ses frissons s’emparaient de tout son être, et le Traqueur sentait la matière légère de ses vêtements se mouiller avec l’infiltration de ses larmes.
“Comment?” il l’écarta : ses yeux la fixaient à présent, pleines d’inquietude.
“Ils me l’ont pris, je ne l’entends plus, je ne la sent plus, je ne sens plus rien… comme si j’étais impuissante.. Je ne l’entends plus elle a disparue ils l’ont-” sa voix se brisa et elle s’étouffa presque sur ses mots, balbutiant des sons incohérents. Ses yeux s’élargissent, et il souleva son menton avec un doigt.
“Comment?… mais non, c’est impossible…” Il dépouillait désespérément son visage, son expression peinée, ses yeux abaissés et alourdis de douleur. Les traits de ses larmes se frayaient petit à petit leur chemin dans le duvet tigré de ses joues, lâchées avec regret malgré la force avec laquelle elle les retenaient. Ses cils sombres perlaient de gouttes autour de la perte d’espoir évidente dans ses yeux. Elle avait de ces yeux… Une couleure mixte, d’un bleu océan au jaune d’or, des yeux aux pupilles fendues de félin. Mira ressentit son regard sur elle et lui renda, bloquant l’échange, et un étranger aurait pu penser qu’ils avaient une discussion silencieuse à travers le couloir de leurs regards.Après peu de temps, il lâcha, fermant ses paupières, et posa son menton sur son front. Il l’amena plus près de lui, la serrant plus fort qu’auparavant dans son étreinte. Ils sont restés figés jusqu’à ce que ses pleurs arrêtent, que ses sanglots cessent de secouer son corps. Elle sentait sa gorge se détendre lentement, et l’obstruction au fond de son pallet s’évaporer de façon à ce qu’elle puisse enfin reprendre son souffle. Il l’assura qu’il trouverait une solution: elle sentait son souffle chaleureux rouler en vagues sur sa joue.
“On la retrouvera.” il lui baisa le front, et balaya ses larmes avec un pouce, encadrant sa machoire de ses paumes dans ses mitaines douces, quoique usées. Elle s’inclina à son contact et esquissa un léger sourire. Puis elle se retourna et continua sa tâche. Il la laissa partir avec réluctance.
L’epiant de sa place, de temps en temps, il pondérait. Sur son avenir. Sur leur avenir. Eux deux, la petite nouvelle, Luna, les autres qui ne tarderont à suivre. Mais surtout sur elle, Mira. Lui seul restait de ceux qui voyaient à travers son masque. Il avait remarqué, oui, les instants où ses yeux deviennent vitreux, tournés au vide, noyé dans son subconscient. Il savait qu’il avait sa confiance, sa vie, si elle avait osé lui dire une telle faiblesse comme ce qu’elle venait d’avouer. Mais si leurs adversaires avaient ce pouvoir, d’enlever cette chose aux Errants… qu’est ce qu’ils feraient aux autres races, plus faibles encore? Ils les avaient éliminés déjà en les plaçant en bouc émissaire des autres, reconnaissant leur potentiel et s’avantageant de leur nature pacifiste. Mira avait eu de la chance.. Elle n’était pas autant docile.
Il poussait d’un bout aiguisé du bâton la carcasse, donnant un petit coup pour la retourner de façon à ce qu’elle se cuise uniformément. Mira avait déjà tranchée sa part, mais n’y touchait pas. Ça lui avait coupé l’appétit. Elle se contentait à présent de tenter à coudre deux bouts de tissus fades ensembles, des vêtements volés sur un fil au soleil lors de leur voyage. Étrangement, elle se servait de ses ongles acérés comme des aiguilles, une technique adoptée par ses antécédents surement. Effectivement, ses vêtements actuels avaient vécus l’emprisonnement et portaient plus de trous que de fils, au-delà de la possibilité de les récupérer. Elle aurait besoin de bien plus que ça lorsqu’ils arriveront à proximité des villages, même déguisée; les Errants étaient toujours recherchés.
Il était tout de mêm fier de voir que, malgré tout, elle semblait avoir regagnée de la force vitale en quelques semaines. Son pelage avait repris de sa douceur fine, sa chevelure épaisse avait repris de la brillance et n’était plus emmêlée, mais soignée. Sous la chemise et le corsaire qu’elle lui avait emprunté – chose qu’il avait remarqué mais pas relevé – son corps précédemment affamé et osseux s’était refourbu, rerempli de muscle qu’elle reprenait si facilement. D’ailleurs, Mira avait passée presque toutes ses soirées depuis qu’elle avait retrouvée sa libertée à chasser et parcourir la forêt vierge. Elle rentrait toujours de ses excursions submergée par une mixture de plaisir et de déception. Il avait jamais compris, jusqu’à maintenant. Et son sang bouillonnait de rage.
Tout d’un coup ses pensées furent interrompus par Luna qui déboula à toute vitesse des sous-bois, les yeux écartelées de peur, scintillant comme ceux d’un animal sauvage pris au piège, arc toujours à la main. Les feuilles étaient toujours accrochées à ses cheveux turquoises, arrachés dans sa course effrénée, se frayant un chemin dans les branches feuillus sans se soucier des griffures lacées comme des rubans fins sur des bras et son visage. Elle tenait dans ses doigts une plume blanche comme si sa vie en dépendait. L’Errante se leva d’un bond souple, ses griffes glissant de leurs cavités pour recouvrir ses ongles, une grimace aux lèvres. Incapable de respirer quelques instants, Luna se tenait droite et immobile, la bouche tremblante. Après quelques instants, elle réussit à prononcer la phrase :
“Il a besoin d’aide.”

 

ENGLISH VERSION

 

“I see old habits die hard,” she said with a smirk as she set the rabbit on the flat rock over the flame. He stayed silent as she approached him, snaking her arms around his waist. He wrapped his arms around her shoulders, pulling her closer to him. She let out a sigh and let her shoulders fall, burying her face in his chest. The meager warmth that resulted barely attained him.
“Is something wrong?” he questioned, seeing her ears droop. His brows furrowed deeper when she didn’t answer, opting for a heavy silence that hung in the air above her. She savoured their proximity, something she had missed so dearly; he breathed in her scent of autumn leaves and earth, rubbing her shoulders absentmindedly. She stayed frozen like that for several more moments, sheltered by the Tracker, unwavering as always. He was part of the Human race, but even that weakness left him no fragility, no flaws that his ancestors bore. His hold was stone, his touch was velvet.
“They took it away,” she whispered into the fabric of his shirt, finally, like a frightened child. At this point she was starting to shake and he turned to face her , throwing both arms around her waist. He could feel her tears slowly seeping through his shirt.
“What do you mean?” he swerved her aside, eyes full of concern.
“They took it, I can’t hear her anymore, i can’t sense anything it’s like i’m… powerless… I don’t feel her, my senses they’re all gone she’s disappeared they-” her voice cracked and she almost choked on her words. His eyes widened in something that can’t quite be described as fear, and he lifted her chin with a finger.“But how?… what could they…” he searched her expression hopelessly, a pained look on his face. The trails of tears ran from her eyes and matted her long lashes, creating slits in her duveted cheeks and dropping regretfully to the ground despite her efforts to keep them in. She held his gaze nonetheless, with her inhumanely feline eyes; a swirl of ocean blue and gold, slit cat’s pupils. A stranger might have thought they were having a silent conversation, devoid of all exterior presence.
After some time had passed, he let go, closing his eyes and setting his chin on her forehead, pulling her closer in a warm embrace. They stayed this way until she stopped crying, until the sobs no longer racked her body. She could feel her throat slowly un-clenching, the ball at the back of her mouth disappearing to let her breathe. He tried to assure her they would find a way ; she could feel his warm breath roll over her cheek.
“We will find her.” he planted a kiss on her brow, framing her jaw with his palmes in his soft fingerless gloves, a bit worn. She leaned slightly to the contact, a shadow of a smile appearing on her lips. Then she spun around and continued her task. He let her leave reluctantly and did the same, with a troubled heart.
Stealing glances her way every once in a while, he pondered on her future. On their future. Both of them, the new girl, the other that would soon be a part of this too. But mainly her, Mira. he alone could see through her mask. He had noticed how sometimes she stared into the distance, drowned in thought, a vacant expression on her face. He knew he had her trust, her life, if she had dared tell him of such a weakness as she just admitted. Yet if their enemies had that power, to take such a thing from the Travellers… what could they do to the other races, the weaker ones? They had eliminated them by making them the delegated targets of others, recognising their potential and fearing them, taking advantage of the Travellers’ pacifist nature. Mira was lucky… she wasn’t so docile.
He prodded the carcass with a sharpened stick, flipping it over. Mira had already severed her part, but didn’t touch it. She had lost her appetite. She was attempting to sew herself pieces of fabric to wear, stolen on a drying string in the sun. Strangeley, she was using her claws like needles, cutting and poking holes, a technique she must have learned from her ancestors. The rags she had worn during her captivity were beyond saving, more hole than string. She would need more once they approached the villages, even in disguise; the Travellers were still sought after.
He was nonetheless proud to see that , in a few short weeks, she had managed to regain some vital strength. Her short coat had taken on a fine shine, her mass of red hair was no longer tangled but neat and well groomed, softened. Beneath the corsair she had borrowed from him – which he had noticed but had decided not to comment on – her previously famished and bony body had thickened with muscle, which she seemed to gain so easily. In fact, she had spent almost every evening since she rediscovered her freedom hunting, running and prowling through the woods.she always returned in a mixture of pleasure and deception, which he had never understood until now. He felt his blood boil in rage.
Suddenly, his thoughts were disrupted by Luna stumbling wildly through the underbrush, eyes wide in fear like a deer caught in a trap, bow still in hand. leaves wewre still stuck in her turquoise hair, ripped in her relentless dash, shoving through the branches and ignoring then goring through her arms and cheeks in red ribbons. She clutched between her fingers a small white feather as if her life depended on it. Mira startled and sprang to her feet in a smooth motion, claws sliding from their sockets, lips set in a snarl. Unable to move for an instant, Luna stood stock-still, lips quivering.
“We need to help him.”
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