Date : 6 April, 2020

Les Communardes ! La Commune de Paris revisitée

Rien de tel que de se replonger dans un évènement marquant du XIXème siècle raconté et illustré avec fougue dans une atmosphère insurrectionnelle. Au travers de cette trilogie illustrée par trois dessinateurs différents : Lucy Mazel, Xavier Fourquemin et Anthony Jean, le scénariste Wilfried Lupano met en avant le portrait de trois jeunes femmes qui se sont battues pour cette liberté et qui ont tout quitté pour arriver à leur fin.

image-les-communardes

Petit retour sur l’histoire

En mars 1871, le gouvernement de Thiers (président de la République française de 1871 à 1873), réfugié à Versailles, s’inquiète de l’agitation parisienne et décide de récupérer les canons de la garde nationale, financés par les Parisiens et entreposés sur la butte Montmartre. Cette tentative provoque une insurrection le 18 mars et l’élection à Paris, le 26, d’un gouvernement autonome favorable à une République sociale. Des mesures radicales seront prises, telles la séparation de l’Eglise et de l’Etat ou la mise en place d’une école laïque, gratuite et obligatoire. Ce mouvement insurrectionnel, qui propose l’instauration d’une fédération de communes à travers la France, est réprimé par Thiers lors de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871). Le bilan est très lourd : entre 20 000 et 30 000 Parisiens sont exécutés et 40 000 sont arrêtés. Plus de 4 000 d’entre eux sont ensuite déportés vers Cayenne ou la Nouvelle-Calédonie, dont l’institutrice Louise Michel, figure emblématique de la Commune de Paris.

Un combat au nom de la liberté

Cette trilogie peut se lire de manière indépendante. Elle nous montre le parcours de trois femmes : Victorine, une fillette de onze ans, qui se bat pour la sauvegarde des deux pachydermes du jardin des plantes. Victorine est pleine d’imagination et veut être à la hauteur des ambitions de sa mère en écrasant les rangs ennemis à l’aide des deux éléphants (Castor et Pollux). Elisabeth Dmitrieff une jeune femme russe de vingt ans envoyée par Karl Marx, devient la présidente de la première organisation ouvertement féministe d’Europe : l’Union des femmes pour la défense de Paris et l’aide aux blessés.  Marie, une domestique au service d’une famille aisée et dont le chef n’est autre que le colonel de l’armée française se fait renvoyer et décide d’entrer dans l’Union des Femmes au côté d’Elisabeth Dmitrieff. Ces trois femmes issues de différents milieux ont marqué à leur manière la Commune. Leur statut importe peu, elles ont toutes en commun le fait d’être en plein cœur des barricades et d’avoir su prendre les armes pour montrer leurs droits. Le scénariste nous relate que même si leurs vies au sein de la Commune n’étaient pas enviables, il reste tout de même ce petit vent de liberté et cet espoir qu’ont porté ces femmes pour faire valoir leur droit et surtout cette égalité entre les hommes et les femmes dans les bataillons.

Des dessins saisissant

Le premier tome, Les éléphants rouges a été dessiné par Lucy Mazel, une jeune illustratrice talentueuse.  Dans cet ouvrage, les traits des personnages sont emplis de sensibilité, notamment entre la fillette et sa mère. Ses dessins charment par leur originalité avec des incrustations en noir et blanc au milieu des cases. Ce trait de crayon permet de donner un caractère expressif au visage. Pour le second tome, L’Aristocratie Fantôme, le dessinateur Anthony Jean exploite incroyablement bien les ambiances et les décors de ce siècle ce qui rend d’autant plus forte l’importance de la féminité au milieu de ce champ de bataille. C’est tout naturellement que le troisième tome, Nous ne dirons rien de leurs femelles, illustré par Xavier Fourquemin navigue entre différents styles : à la frontière entre le franco-belge et le réalisme. Il est également capable de s’attaquer à un univers plus ancré, ce qui lui permet d’avoir un registre assez large pour accomplir de nombreuses choses. Ces trois illustrateurs nous font part de manière différente leur vision de la Commune au travers de ces trois types de femmes qui appartiennent à différentes classes sociales. C’est ainsi pour Wilfried Lupano l’occasion de nous faire découvrir cette période complexe de l’histoire peu étudiée en cours.

Il s’agit d’une trilogie à absolument ne pas manquer !

Ancienne auteure de Björkö (ex-P'tit Monod) de 2016 à 2017.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *