Date : 6 April, 2020

Londres et sa magie

 Nous avons eu la chance de pouvoir nous promener dans Londres le long de la Tamise sans être gênés par une foule étouffante, le premier jour. On a pu s’attarder devant des expositions comme le London Southbank Skatepark et admirer des détails qui nous auraient échappé sans le rare calme des rues d’un dimanche matin. Détails qui alimentent aujourd’hui l’image que je retiens de cette ville. Le charme de Londres s’opère avec la discrétion de certains éléments : des poissons noirs et vernis embrassant délicatement les lampadaires aux lourds paniers garnis de mille fleurs et mille couleurs qui ornent les façades et vitrines londoniennes ; la finesse des décors est partout. C’est ce qui rend cette ville si harmonieuse. Et si l’obscurité des briques et des rues pavées assombrissent la ville -que déjà le soleil ne favorise pas énormément, je vous l’accorde- elle est certainement contrastée par l’activité de cette ville battante ; les pubs, les terrasses, les galeries marchandes, les concerts de rues ou spectacles, les touristes…

C’est durant les quartiers libres et les promenades que nous avons pu constater à quel point les foules rythmaient et modifiaient l’atmosphère. On se laisse couler dans les rues comme sur la Tamise, flottant avec le courant de passants, attendant que la vague de taxis ne déferle avant de pouvoir traverser la route…

J’ai été surprise par la mélodie présente dans les quartiers. Les concerts aux coins de rues, la radio dans les bars et magasins ou tout simplement les bruits de pas, de conversations et de rires.. Les quartiers de la ville dans lesquels j’ai marché (dont un spécial sono !) m’ont tous semblé en musique, fredonnant un air nouveau. Les promenades n’en ont été qu’embellies ! 

Ce qui m’a le plus plu réunit néanmoins les balades que l’on a faites dans les parcs. Le Hyde Park était sublime. L’automne avait donné tant de couleurs, de vie au paysage ! Les arbres, très imposants, resplendissaient, répandant leur éclat sur les feuilles perdues jonchant le sol et sur la surface du lac, où se dessinait sur l’eau noire leur reflet parfait. Sur le ciel aussi, car on ne pouvait voir celui-ci sans apercevoir in extremis les branches de ces arbres géants. Les feuilles couleur pomme, canari, saumon, pourpre volaient dans le ciel et atterrissaient au pied d’un cygne ou d’un écureuil en plein repas. Chaque pas en avant offrait un autre point de vue majestueux, une autre perspective gorgée de pépites, un autre trésor que la nature a à nous offrir.

Nous avons également mangé sur le sommet d’une colline qui nous offrait une vue d’abord sur le parc, où couraient des chiens et poussaient d’autres de ces arbres fantastiques, puis sur le Londres innovateur, en arrière-plan, où s’élevaient tours et immeubles. Le contraste est surprenant sachant qu’au pied de ces géants se cachent les petits quartiers du Londres que tout le monde connaît ; le vieux Londres, les briques rouille, les lourdes portes de bois avec leurs poignées plaquées or, les bus rouges à double étage… L’authenticité et la rusticité du monde d’en bas se heurte à la modernité du monde d’en haut. La ligne d’horizon entre ces deux univers m’a parue infranchissable. Le romantisme de Londres, son élégance sont les aspects qui m’enchantent et de ce fait j’ai eu malgré moi la sensation que je ne pourrais jamais comprendre la nouveauté de ces immeubles de verre.

Mais cette ville reste sources de maintes innovations, d’un riche passé historique, d’une fantastique culture

etc. Je ne puis donc me permettre de rester sur cette unique critique, qui n’est pas représentative de cette ville savante. Londres est féérique, en toute honnêteté. La promenade en bateau sur la Tamise a aussi été une expérience des plus agréable ! Nous avons pu voir le Tower Bridge en plus de l’avoir traversé, le Tate Modern et le Globe que nous avons visité, Big Ben qui était, malheureusement, en rénovation, la majestueuse Tour de Londres, la fameuse grande roue… C’était super ! En parlant du Tate que nous avons effectivement visité… Musée britannique d’art contemporain dans lequel nous avons pu circuler librement afin de nous intéresser pleinement aux oeuvres présentées, le Tate Modern est gratuit et situé à Londres (il y en a d’autres ; le Tate Liverpool, le Tate Britain, le Tate St Ives). Il a ouvert ses portes en 2000 et expose des créations d’artistes modernes et contemporains internationaux. Le musée est très haut (construit par le cabinet d’architecte Herzog & de Meuron) : à son sommet -auquel on peut accéder- on peut profiter d’une splendide et époustouflante vue de la ville londonienne, surplombant toits et monuments ; c’est magnifique.

Durant cette visite, j’ai pu découvrir un autre aspect de l’art contemporain, une autre vision et compréhension de ses oeuvres qui, auparavant, m’échappaient totalement. J’étais tellement heureuse d’être à Londres, en train de visiter ce fameux musée et en bonne compagnie… Je suspecte mon humeur d’avoir influencé le sentiment que j’ai gardé de ce musée regorgeant d’histoires, d’engagements, de choix et d’émotions, de cultures. Ce qui me plaît dans ce genre d’expositions est la modestie avec laquelle elles s’opèrent ; les artistes n’influencent pas la reconnaissance de leur oeuvre, chacun est entendu. Chacun a sa vision du monde et j’ai pu m’essayer à comprendre celles-ci, effleurer du regard ce que les en trailles d’un Homme ont voulu cracher sur du papier. Mais que dis-je ! Pas seulement sur du papier ! Cracher sur les murs, sur le sol, dans le ciel, dans les airs !! Ces oeuvres étaient comme dans une autre dimension, dépourvues de toute logique, fuyant toute rationalité… Mais elles n’étaient pas absurdes de par les valeurs ou les messages qu’elles portaient, elles étaient absurdes et complètement insensées par leur forme, leur position, leur entêtement à nous tourmenter, à bousculer chaque interprétation qui manque de souplesse, à nous prouver qu’elles expriment quelque chose qui peut-être réveillera nos sens, excitera notre souffle, chatouillera notre peau… Quelque chose qui peut-être touchera notre coeur.

Il y a aussi eu le Science Museum. Je sais bien que le Tate Modern est très grand mais celui-ci m’a paru immense ! Peut-être était-ce car j’ouvrais si grand les yeux… Etant moins tournée vers les sciences, j’avais pensé ne pas autant apprécier ce musée, mais c’était fantastique ! Je m’émerveillais de tout et n’arrivais pas à suivre un groupe, voulant m’arrêter à chaque galerie et passer des heures à étudier ce que les ateliers nous présentaient. J’avais l’impression d’être chez un vieil antiquaire et je voulais passer tous les articles en vue pour m’imaginer et me construire l’histoire de tant d’objets. Mes yeux étaient ronds d’admiration. Il y avait tant de galeries différentes : Les moteurs d’engins impressionnants de la « Flight Gallery » font rêver et fascinent : je voulais comprendre comment se construisent ces moteurs de géants, tout s’entortillant, tout se mêlant, mais surtout tout ayant son rôle précis qui finalement per met à cet oiseau de 3m de long de voler au dessus de nos têtes.

De même pour la galerie « exploring space » dans laquelle était présentée l’histoire des fusées, des satellites, de l’avancée scientifique dans ce domaine et qui nous plongeait la tête dans les étoiles. N’a-t-on tous pas rêvé, étant petit, de devenir un grand astronaute et de découvrir Waïkutraland ? J’ai trouvé cette galerie très intéressante et épanouissante, presque paisible : nous savons si peu de cet univers dans lequel on vit, de cet Inconnu qui nous entoure, mais d’un autre côté on en sait également beaucoup plus qu’auparavant ! Ah le progrès ! Progrès qui permet à un habitant lambda curieux de cette planète de venir s’instruire et de comprendre ce que le musée expose…

Il y a 2 galeries qui m’ont particulièrement plu : « the energy hall » et « the clockmakers museum ». Elles étaient d’une pure simplicité si je puis dire, mais je m’y suis plongée corps et âme comme une enfant (je ne peux pas vous dire si oui ou non je me suis réellement accrochée comme une ventouse aux vitrines, je ne m’en souviens pas, j’étais possédée !). Il y avait une « table » couverte de représentations miniatures

d’engins qui étaient faits pour fonctionner à la vapeur, avec tout le mécanisme des roues dentées s’enclenchant une à une et s’entraînant à la chaine pour mettre en route l’engin et actionner toutes ces pseudo-locomotives. Je voyais dans ce petit univers ingénieux un marché de Noël qui fait rêver, les secrets d’un homme de 100 ans qui n’a jamais pu se résoudre à jeter sa petite collection de figurines enfantines, les babioles d’un antiquaire (le retour !) qui, malgré leur petite taille, habillent les murs, les coins, les étagères poussiéreuses de la vieille boutique. Je voyais la salle sur demande de J.K Rowling, la cour enneigée d’un village abandonné, avec des bancs solitaires autour d’une fontaine délabrée et les rails d’un chemin de fer détruit qui autrefois desservait la petite ville lumineuse… Je voyais tout ça dans ces petites miniatures… Fou, n’est-ce pas ? Et dans les montres et les horloges de l’autre atelier, de toute forme et toutes montures, la même magie, car c’est comme ça que je la définirais, la même magie, la même merveille enivrait mon esprit avide d’autres contes, d’autres légendes sur les créateurs de ce qu’on appelle communément de nos jours le temps.

Enfin comme vous l’aurez compris, cela m’a fait voyager et c’était formidable. Nous avons également visité la National Gallery, sûrement l’un des plus importants musée au monde. Entrée en matière plutôt épatante d’ailleurs, avec la présentation de l’artiste Hans Holbein et son oeuvres « Les Ambassadeurs ». Ce qui interpelle dans ce tableau sont les 2 anamorphoses : le crâne au pied du tableau et le crucifix en haut à gauche, derrière le rideau. Le crâne n’est visible que si l’on se positionne à droite du tableau. Je fais 1m 63 et j’ai du me mettre sur la pointe des pieds pour le voir correctement : cela témoigne bien de la précision, la méticulosité de l’oeuvre (ou de ma petite taille à vous de voir) et surtout de la technique mathématique complexe qui a abouti à ce résultat.

Nous avons pu admirer le Dernier voyage du Téméraire de William Turner, impressionniste avant-gardiste anglais du XIXe siècle. Il avait 40 ans d’avance sur ce mouvement artistique tout de même ! Il y avait d’autres de ses oeuvres impressionnantes, dont une qui m’a particulièrement plu : Bateaux Hollandais dans la tempête. Les oeuvres de Turner sont d’une puissance qui m’a frappée et surprise. J’avoue ne m’être jamais sérieusement penchée sur ses oeuvres et les voir si grandes, si colorées, si vivantes devant moi… Le mouvement illustré dans chaque vague, chaque ombre, chaque touche du pinceau roi donne vie à ces oeuvres pourtant simplement peintes. La simplicité du thème abordé (des bateaux) est relevé par tant de complexité, de précision, d’expression… J’avais presqu’envie de me protéger de cette vague qui déferlait sur moi. Ou sur le bateau. Je ne sais plus.

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