Blog Cinéma

Dans la tête d’Arnaud des Pallières

19 novembre 2017

author:

Dans la tête d’Arnaud des Pallières

 Ce mardi 5 décembre 201, Arnaud des Pallières, réalisateur de l’adaptation cinématographique de la nouvelle écrite par Kleist, intitulée « Mickael Kohlaas », vient rencontrer les élèves de 1er L et S du lycée Jacques MONOD de Lescar. Cette rencontre est organisée dans le but de pouvoir interroger M. des Pallières sur son film sorti en 2013.

Le film nous plonge durant deux intenses heures dans la vie prospère et heureuse d’un marchand de chevaux nommé Mickael Kohlaas. Ce dernier, qui vit au XVI° siècle avec sa femme et sa fille, est victime d’une injustice seigneuriale qu’il tente de contester légalement sans être entendu. Cet homme pieux, atteint dans sa dignité, lève alors une armée pour se faire justice mais finit par mettre le pays à feu et à sang. Cet entretien avec Arnaud des Pallières nous apporte un éclairage sur certains points du film qui nous interroge aient. Pour se faire, une liste de question avait été préalablement rédigée. Malgré la durée limitée de cet échange, le scénariste fait preuve d’énormément de bonne volonté pour nous apporter des réponses à nos questions.

Nous avions, pour la plupart, remarqué la présence très limitée des dialogues dans le film et l’interrogeons tout d’abord sur ce point. Sa réponse est très complète et fondée. En effet Arnaud des Pallières justifie ce choix car il estime qu’ « au cinéma le récit ne se raconte pas par les dialogues mais par le son et l’image », ce qui selon lui, rend cet art plus vivant que théâtral. Le réalisateur nous explique également que le cinéma vise à représenter une réalité, la vraie vie. Or, la vie est pleine de doutes et de non-dits ce qui est très bien représenté par le scénariste dans son film. Aussi, cette limitation des dialogues nous place à un seuil d’égalité avec le personnage principal : lorsqu’il n’entend pas, nous n’entendons pas.

La question du budget fait ensuite surface. C’est alors qu’Arnaud des Pallières nous explique que son choix de simplicité dans le décor et dans les costumes n’est pas fait par faute d’argent mais pour représenter une réalité matérielle. De plus, le film n’est pas une reconstitution historique mais un film faisant des évocations a une période de l’histoire ce qui ne requiert pas un important investissement financier de ce coté là. Le décor fait en fait office de ce que nous pourrions qualifier de description morale en littérature : les cinéastes évitent ce genre de descriptions en général et tentent donc de retracer la personnalité de leur personnage sur le décor, les costumes, les dialogues, etc. C’est ce qui est effectué ici. Les décors simples, naturels, mais tout de même impressionnants retracent exactement la personnalité de Kholaas.

Arrive ensuite la question que l’on attendait tous : Pourquoi Arnaud des Pallières a-t-il choisi de réadapter cette nouvelle ? Le scénariste nous explique d’abord qu’à sa lecture du roman de Kleist il s’est tout de suite touché senti concerné et touché. En fait il se retrouve dans Kohlaas « Il y avait un peu de Kohlaas en moi », nous confie-t-il. C’est le rapport à la justice de Kohlaas qui l’a poussé à faire cette réécriture. Le réalisateur a un rapport très sensible aux injustices. Le scénariste nous parle ensuite du fait qu’il ait inventé des personnages. En effet, Arnaud des Pallières transforme le prince présent dans le récit en une princesse car le lire manquait cruellement de présence féminine a son goût. De plus il intensifie la relation qu’entretient Kohlaas avec son épouse et sa fille pout montrer tout ce qu’il perd lorsque, par exemple, sa femme décède.

On lui a ensuite demandé si quelques uns de ses personnages étaient inspirés de personne que Arnaud des Pallières connait. Il nous confie ensuite que le personnage de la jeune fille est inspiré d’une petite fille de sa famille. Ce personnage a pour objectif de poser a son père les questions qu’elle se pose et que le spectateur doit se poser aussi. Pourquoi la guerre ? Pourquoi se révolter ? Pourquoi cette violence ?

Avant la fin de l’échange A. des Pallières nous parle des buts de ce film. Il nous explique que son but n’est pas de dénoncer une cause quelconque mais plutôt de nous faire nous poser des questions, la principale étant ici celle des limites de la justice. A quel moment arrêtons-nous de suivre ce personnage ? En effet nous nous rendons compte qu’au début du film nous suivons totalement Kohlaas qui victime d’une injustice tente de remédier a cela de manière légale sans être entendu. Cependant dès le moment où il commence à user de la violence et tuer des gens nous commençons à nous poser des questions. Néanmoins le personnage obtiendra une mort aristocratique et retrouvera donc toute sa dignité.

Arnaud des Pallières finit pas nous expliquer que dans son film sont intégrés trois points de vue de trois époques différentes : celle de Kohlaas (XVI°s), celle de Kleist (1812) et enfin la notre. En effet ce long métrage a une portée actuelle. En fait le réalisateur a mis un point d’honneur à réaliser la guerre de manière assez réaliste et assez sérieusement : rapide, effrayante, douloureuse. Lorsque Kohlaas ou d’autres personnages exercent tant de violence sur d’autres personnes, nous expérimentons ce sentiment de choc de frayeur. Ainsi nous pouvons interpréter ces actes de différentes manières mais ils font quand même beaucoup penser aux attentats d’aujourd’hui ou encore aux crimes de guerre commis dans le passé : ces personnes se battent, tuent, effrayent, et font la terreur pour défendre une idée ou une cause.

Les classes de 1°L et S du lycée Jacques Monod remercient sincèrement nos professeurs de français et d’histoire Mme BEAUDIC et Mme CASSOU d’avoir organisé cette rencontre, nous remercions également Arnaud des Pallières de s’être déplacé pour nous et de nous avoir apporté toutes les informations que nous attendions de sa part.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *